Leadership et humour : attention à la marche !

Le vrai leader est un communiquant. Il communique auprès de ses équipes, de son entreprise ou de son organisation. Il communique sur les valeurs, la vision, les résultats, les réussites et aussi les échecs. Sa parole est attendue et écoutée avec attention. Au-delà des aspects concrets, elle véhicule souvent des aspects émotionnels qui participent à la motivation et à l’engagement des collaborateurs. Le sérieux du discours s’impose par l’importance des sujets traités et aussi par l’image de crédibilité, d’exemplarité et d’autorité que le leader se doit de maintenir à un niveau élevé.

Ce sérieux, incontournable dans le contenu de sa communication, possède un revers, celui de l’éloignement affectif du leader avec ses équipes. Un vrai leader ressent très vite ce risque de distanciation dommageable, pour lui comme pour sa mission. Rester en lien, devient alors pour tout leader, l’aspect ambigu de sa communication. Comment parler de choses sérieuses, tout en restant proche, et en évitant de perdre ses équipes dans un flot d’informations ?

Au moment même où le leader ressent ce risque, au moment où il voit dans les yeux de ses collaborateurs cette petite lueur, qu’il se doit d’entretenir, faiblir au fur et à mesure de son discours, il se dit qu’il est temps de la rallumer. Et là un bon mot, un trait d’esprit ou une bonne blaguounette apparaissent comme le kit de survie relationnel !

Et hop, avec une spontanéité bien calculée, il envoie sa petite dose d’humour ! Vous savez comme le font les conférenciers TED X, pour détendre leur public à leur entrée sur scène.

« Heureusement que le monde va mal ; je n’aurais pas supporté d’aller mal dans un monde qui va bien ! »

Et voila l’effet est fait !

Ah ça fait du bien ! Les visages s’illuminent, l’atmosphère se détend, les problèmes deviennent moins pesants, une sorte de soulagement général envahit l’assemblée. Mission réussie ! Le lien est de nouveau présent, voire même renforcé. Cet instant de rires au milieu d’un quotidien anxiogène fait de complexités et d’incertitudes, apparait comme une arme absolue de prise de recul, indispensable au maintien de la motivation et de l’engagement. Pour un instant, le leader est devenu le CHO (Chef Happiness Officier). Une dose d’humour et tout devient plus léger !

Ethos, pathos, logos….. et rigolos !

Une fois le discours terminé, fier de sa « pointe d’humour » le leader souriant s’avance vers ses plus proches collaborateurs, pour leur demander leur feedback, et là c’est le coup de la marche qu’on n’a pas vue et qui vous fait trébucher.

La fameuse pointe d’humour était trop…

Mais trop quoi ?

On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde.

Le mot qui se voulait « rigolo » ne l’a pas été pour tout le monde. Un humour sexiste, xénophobe, graveleux, trop absurde, trop noir, trop cynique, trop ironique, trop du second degré voire du troisième, et patatras ce qui devait rassembler, divise, ce qui devait alléger, alourdit, ce qui devait crédibiliser, décrédibilise.

« Qu’un potage soit immangeable, cela ne tient souvent qu’à un cheveu. »

L’humour c’est du sérieux, surtout pour un leader. La tentation est grande, mais le risque est sournois.

Voici donc quelques règles pour ne pas rater la marche :

1-   Le mieux est d’éviter d’emblée tout le registre de l’humour satirique. Ne faites pas de quartier, jetez à la poubelle tout ce qui est du domaine de l’ironie, du sarcasme, de la caricature est de l’exagération. Ce sont des armes qui peuvent blesser sans intention et se retourner contre vous.

« Les conneries c’est comme les impôts, tu finis toujours par les payer »

2-   La dérision et l’humour noir ne font pas très bon ménage non plus avec le leadership. Oui, je sais, c’est flatteur d’entendre les rires provoqués par la phrase qui tue, mais pensez aux dommages collatéraux !

« Il faut se méfier des comiques, parce que quelquefois ils disent des choses pour plaisanter. »

3-   Vous voulez railler, même gentiment, une personne qui est absente, laissez passer cette envie. Par le retour amical de ses collègues, elle en aura toujours une version beaucoup plus cruelle. Et n’oubliez jamais :

« Les faux-culs, c’est comme les répondeurs : ça parle toujours quand t’es pas là ! »

4-   Faire un bon mot, pour simplement faire un bon mot, ne doit jamais être votre seule motivation. Le sens donné par ce mot, même bon soit-il, n’a pas toujours un bon sens. Rappelez-vous cette petite phrase, il y a quelques mois : « Le kwassa-kwassa pêche peu, mais il amène du Comorien ». Mais c’est quoi ça ! Et oui, même en marche vers les plus hautes fonctions, tout le monde peut en rater une!

« Si vous ne savez pas où aller, n’y allez pas, vous risqueriez de vous perdre. »

5-   Le second degré peut être un degré de trop. L’humour est un art, les humoristes en sont la preuve, c’est pour cela qu’ils ne plaisent pas à tout le monde. Comme toute œuvre artistique, elle n’est pas là pour plaire mais pour provoquer une émotion. La finesse et la difficulté d’un humour trop perché ou trop décalé peut en perdre certains, et un de perdu dans une équipe c’est déjà un de trop.

« Si vous avez compris tout ce que je viens de vous dire, c’est que j’ai dû faire une erreur quelque part. »

6-   Là où l’humour d’un leader peut s’aventurer avec moins de risque, c’est sur lui-même. Les rois avaient leur bouffon pour faire rire la cour (de façon mesurée) de leurs propres travers et soulager ainsi quelques critiques potentielles, en les vidant de leur (im)pertinence. Moquez-vous de vous, les autres n’auront plus à le faire !

« L’an dernier j’étais encore un peu prétentieux, cette année je suis parfait. »

7-    Mais, en cas de difficultés importantes, attention de ne pas pratiquer le rire du pendu ! Le rire jaune, qui va tenter de minimiser un problème ou une incompétence, ne fait qu’accentuer la détresse qu’il est sensé cacher.

« L’humour est une façon de se tirer d’embarras sans se tirer d’affaire. »

8- Si vous pratiquez naturellement un humour qui ne correspond pas à vos responsabilités, réservez votre talent pour votre sphère privée. Vos collègues, eux, en seront privés, et ce sera tant mieux pour eux comme pour vous.

« La poule qui chante le plus haut n’est pas celle qui pond le mieux. »

9-   Si vous n’êtes pas un humoriste confirmé, n’insistez pas, empruntez un chemin beaucoup plus simple et très efficace, le sourire.

“Le sourire est la perfection du rire. Comme la défiance éveille la défiance, le sourire appelle le sourire : il rassure l’autre sur soi et toutes choses autour.”

Enfin, pour filer le parfait humour avec vos équipes, rappelez-vous que les acteurs professionnels reconnaissent eux-mêmes qu’il est toujours plus facile de faire peur ou de faire pleurer, que de faire rire.

En conclusion, si vous souhaitez conserver un véritable leadership auprès de vos équipes, ne plaisantez jamais avec l’humour ! Faites-en, mais en regardant bien la marche que vous pourriez rater !

Jean-Michel PHILIPPON Co-fondateur du Club du Leadership

Pour les citations dans ce texte vous aurez reconnu : Georges Wolinski, Coluche, Jules Romains, Thomas Fuller, Louis Scutenaire, Alan Greenspan, Frédéric Viard, et l’auteur lui-même.

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